les Montagnards Unis

Philosophie du montagnard

Philosophie de montagne...
( en tout cas, c'est la mienne )



   Quand on s'engage en montagne, il y a des choix à faire, en ménageant toujours   une marge de manoeuvre et d'adaptation aux imprévus de la montagne ou de sa propre humeur.

Et puis il y a aussi les choix que la montagne fait pour vous, ceux qu'elle vous impose sans rien vous demander, ainsi que les choix que vous acceptez par avance qu'elle vous impose.
Sans doute, cela à voir avec un condensé de la vie, avec les choix que l'on faits librement,et  les choix plus ou moins imposés avec lesquels on  se  débrouille...

   Bref, la montagne, c'est affaire de nuances et d'équilibre.

   Equilibre par exemple entre le "terrain" , les éléments naturels, et ses propres capacités du moment, son humeur du jour...
   Equilibre entre son expérience concrète de la montagne, son envie et les dangers, grands ou petits.  D'ailleurs, les vrais dangers sont souvent ceux qui semblent "petits"  et négligeables. Lionel TERRAY, un grand alpiniste et "himalayste" des années 1950, s'est tué sur le Vercors, en glissant sur une pente d'herbe...


   Cet équilibre, c'est  une question de mesure = savoir mesurer son propre état en rapport avec les dangers objectifs de la montagne.

   Comme il ne s'agit pas d'accomplir un exploit quasi surhumain, le randonneur, le montagnard ou l'alpiniste moyen, quand il fait ses "mesures", apprécie où se situe SA limite de la rupture d'équilibre.   Surtout, il ne cherche pas à la dépasser, bien au contraire, il se conserve toujours une marge
d'imprévus, de confort, de plaisir ...
    Bref, le montagnard évite l'épuisement de ses forces.

   Car
le plus grand danger, en réalité, c'est cet épuisement,    faisant perdre sa lucidité, causant distractions,  erreurs,  paniques graves.
 Dépassement et mauvaise mesure ou négligence  de SA limite, c'est à dire épuisement physique et mental, sont beaucoup  plus dangereux que la montagne par elle-même.

Se fatiguer, oui, pourquoi pas.
C'est pas forcément mauvais pour la santé.
Mais éviter toujours de s'épuiser.

Affronter des risques, pourquoi pas... (dans la vie quotidienne, on prend des tas de risques sans s'en rendre compte).
Mais toujours mesurer, et avant tout, prendre la mesure de soi-même.

    Pourtant, équilibre, mesure des limites, ...,  n'empêchent pas d'avancer.
    Montagnard, c'est sans doute comme marin, ou acteur, ou etc...,  c'est une  question d'apprentissage progressif aussi, un apprentissage qui est source de plaisir et de sentiment de libération.
    Car à force de pratique, on s'aperçoit qu'on devient capable de choses que l'on  aurait jamais pensées de soi-même.
    On s'aperçoit qu'on conquiert une   marge de liberté de plus en plus élargie, on s'aperçoit que  la limite personnelle à ne pas dépasser s'éloigne avec le temps...


     Longtemps, il y a eu un alpinisme nationaliste, qui  prétendait "conquérir" des sommets.
En réalité, tout ce qu'on peut conquérir en montagne, c'est un peu de soi-même, un peu de sa propre liberté.

      On a pu conquérir des colonies, des peuples, des pays.
Mais jamais on ne pourra conquérir la montagne, même avec les moyens technologiques les plus sophistiqués.
      La montagne, même d'apparence débonnaire, résistera toujours aux "impéralismes".
Toutes les montagnes du monde sont des coins de résistances, de solidarités et de libertés.
Certes, par endroits de plus en plus nombreux, à Val d'Isère, à l'Alpe d'Huez, sur l'Everest, on l'aménage, on la domestique.   On la détruit et on croit en prendre possession.
Mais ce n'est qu'une illusion. Car on perd la mesure.
En cherchant à conquérir la montagne, on se tue.
On se tue soi, on tue la planète.

     La montagne résiste et se venge, en tuant.
     Moi, je l'encourage vivement à rester une tueuse...




    

   

  
Le choix de l'itinéraire






  





26/02/2008
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